intro JIR ecologie agir au quotidien

Quel impact a eu la crise sanitaire sur la protection de l’environnement ?
Emilie Linkwang : Avant la crise Covid, la société commençait à aller dans le sens de la réutilisation et nous éliminions petit à petit le plastique à usage unique. Avec les nouvelles normes sanitaires, nous avons replongé encore plus profondément dans l’univers du « tout jetable ». Même les professionnels les plus engagés dans la transition écologique ont dû retourner en arrière. Espérons que la prise de conscience écologique qui a eu lieu dans le même temps permette de reprendre rapidement la mise en place d’une société plus éco-responsable.

Quels enseignements en tirer ?
Ce qu’il est intéressant d’analyser avec la crise sanitaire c’est que l’on est capable collectivement de modifier nos modes de pensée en quelques mois à peine. Notre quotidien a été totalement chamboulé, mais nous nous sommes adaptés et nous continuons à mener nos vies per-sonnelles et professionnelles. Cela veut dire que lorsque nous prenons conscience d’un danger nous sommes capables de prendre les mesures nécessaires pour l’affronter. Après cette démonstration, il va devenir compliqué pour les lobbies de dire qu’il faut 20 ans aux industriels pour changer leurs procédés de production ou d’em-ballage. Quand toute l’économie est en jeu, l’en-semble des professionnels trouvent des solutions créatives pour continuer à exercer une activité et la population s’adapte très vite à de nouveaux modes de consommation. Il me semble donc désormais encore plus accessible d’accélérer la transition écologique de notre société.

Justement, comment soutenir efficacement la transition écologique à La Réunion ?
Il faut être conscient que notre situation insu-laire et tropicale nous amène des problématiques écologiques assez différentes de la métropole. Concernant la gestion des déchets par exemple, sur le continent les déchets passent facilement d’un territoire à l’autre pour être traités et recyclés dans des centres dédiés à chaque matière. C’est plus compliqué dans les DROM car sur de petits territoires les volumes sont moins importants et il est difficile de rentabiliser économiquement et écologiquement les installations nécessaires. Nos déchets triés doivent donc être exportés ce qui ajoute encore à leur impact carbone.

À mon sens, il faudrait donc promouvoir la réduction des déchets avant le recyclage.

Pour limiter nos déchets, nous devons soutenir les entreprises ayant une démarche d’économie circulaire. Chaque producteur et chaque importateur doivent être incités à réfléchir au cycle de vie de leurs produits afin de mettre en place une logistique plus éco-responsable. Des producteurs péi importent des contenants vides pour commercialiser leurs produits pendant que d’autres importent des produits et jettent les contenants. La réutilisation locale de ce que nous importons semble être une solution accessible si consommateurs et producteurs avancent ensemble. La filière des contenants en verre devrait être la première à se structurer, nous devons la soutenir. Il est possible de changer nos habitudes de vie en seulement quelques mois.

Comment mieux sensibiliser les consom-mateurs, les citoyens ?
Une information claire sur l’impact carbone de nos achats permettrait aux Réunionnais de pouvoir faire leurs choix en fonction de ce critère. A-t-on tous vraiment conscience de la réelle différence d’impact entre une salade péi et une salade en sachet qui a fait 11 000 km dans un avion de fret réfrigéré. Nous ne sommes pas encore assez nombreux à nous poser des questions sur l’impact de nos achats devant les rayons du supermarché. Pourtant, des solutions simples existent comme acheter un sirop de thé produit localement plutôt que des dizaines de bouteilles de thé glacé importées dont l’ingrédient principal est de l’eau. Nous avons tous un certain pouvoir d’influence, chacun de nos actes de consommation permet d’aller dans un sens ou dans l’autre. Si nous consommons plus de produits locaux, nous en-courageons les producteurs à en faire plus. Si nous achetons en vrac, nous incitons les distri-buteurs à proposer plus de vrac, si nous n’ache-tons plus de produits jetables, des alternatives réutilisables apparaîtront dans les rayons.

Il y a à peine quelques dizaines d’années, les Réunionnais avaient une vie particulièrement éco-responsable, les pratiques se sont perdues, mais les récits sont encore présents auprès de nos gramounes. Nous pouvons réapprendre avec eux à avoir une vie plus respectueuse de la nature.

Quels sont les bons réflexes à adopter dans sa vie quotidienne et comment les appli-quez-vous personnellement ?
Je suis de ceux qui aiment promouvoir la sobriété heureuse. J’aime montrer à mes proches, mon en-tourage plus éloigné et mes clients que l’on n’est pas moins heureux en modifiant notre mode de vie et qu’il est même probable que l’on puisse l’être plus. Démarche écologique ne rime pas forcément avec contrainte. En effet, consommer moins signifie dépenser moins et donc avoir moins de contraintes financières, ce qui peut vous libérer du temps pour des activités épanouissantes.

Nous sommes de plus en plus nombreux à proposer des ateliers pour les particuliers afin de leur faire découvrir des recettes pour fabriquer soi-même ses produits d’entretien ou ses cosmétiques, c’est écologique, mais aussi très économique et bien meilleur pour notre santé. Il est aussi assez simple de fabriquer et d’utiliser les alternatives réutilisables au coton démaquillant, à l’essuie-tout, aux mouchoirs en papier, au film plastique, au papier aluminium.

Nous sommes quelques-uns également à proposer nos services aux entreprises afin qu’elles puissent sensibiliser leurs salariés ou pour qu’elles engagent elles-mêmes leur transition écologique.

Les réflexes les plus efficaces pour réduire votre empreinte écologique personnelle sont :

  • de réduire vos trajets en avion ainsi que l’importation des produits par avion,
  • remplacer vos repas contenant du bœuf par du poulet péi ou un plat sans viande,
  • éviter au maximum les trajets seuls dans votre voiture,
  • et enfin bannir les produits à usage unique et leur préférer des alternatives réutilisables.

En cette période de changements permanents, questionnons nos comportements habituels et adoptons de nouveaux réflexes éco-responsables.

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